PAR QUENTIN PARISIS

 

L’ancien du CNHP et de l’Académie de l’Impact de Montréal, Marco Dominguez, a remporté le championnat de clôture du Guatemala. Un exploit réalisé au prix de beaucoup d’efforts et de ténacité, à l’issue d’un parcours semé d’embûches.

À 23 ans, Marco Dominguez touche enfin du doigt son rêve : celui d’être titulaire au sein d’un effectif professionnel. Mieux, le Montréalais originaire du quartier de Saint-Michel est celui qui offert le titre à son équipe de l’Antigua GFC, après avoir marqué l’unique but de son club lors du match décisif face au Club Deportivo Malatecos. Une victoire qui ouvre les portes de la Ligue Concacaf au club et qui fait de Marco Dominguez un homme heureux. « Je ne m’attendais pas à marquer ce but, explique celui qui évolue au poste de milieu de terrain. Il y a avait 10 000 personnes, et les gens capotaient, je capotais aussi. Mon père était là, c’était fou », raconte-t-il avec enthousiasme.

Passé par la réserve de l’Impact, le FC Montréal, puis par le FC Cincinnati, pensionnaire à l’époque de la USL, le deuxième échelon nord-américain, Marco Dominguez découvre depuis un an les ambiances bouillantes des stades d’Amérique latine, dans lesquels « les 10 000 spectateurs crient, hurlent tout au long du match». Un changement radical par rapport aux ambiances feutrées qu’il a connues avec le FC Montréal ou même à Cincinnati, un club pourtant reconnu pour son large public et ses records de fréquentation, mais à la ferveur moins communicative.

« Il y a de bons joueurs, qui pourraient tout à fait jouer dans la MLS. »

Côté soccer, Marco Dominguez y a découvert un niveau plus compétitif que l’image que l’on peut s’en faire, loin des clichés qui en font un championnat strictement physique, où il vaut mieux avoir les chevilles bien accrochées lorsque l’on croise la route du défenseur. Pour le Montréalais, il est même dommage que la compétition « ne soit pas plus exposée car il y a de bons joueurs, qui pourraient tout à fait jouer dans la MLS. »

Le Montréalais est tout aussi heureux d’avoir trouvé un point de chute au sein d’un « bon club » qui a « gagné plusieurs fois le championnat et qui a déjà joué la CONCACAF, contre le Red Bull de New York notamment. » La Coupe continentale, Antigua GFC la retrouvera dès le 30 juillet et le tirage au sort a voulu que la confrontation se déroule face à un club de la Canadian Premier League. Le club guatémaltèque pourra compter sur son milieu de terrain, mais aussi sur les connaissances de Juan Antonio Torres Servìn, son entraîneur, passé par Pumas en première division mexicaine. « C’est un pays pauvre, mais côté foot, il n’y a pas de problème, explique Marco Dominguez. Les joueurs sont payés à temps, les terrains sont beaux, en herbe naturelle et les coachs sont excellents ».Dans ce cadre, et par le fait qu’il multiplie les titularisations, le joueur estime avoir progressé, « être plus serein, plus tranquille avec le ballon, en étant toujours autant agressif à la récupération. »

Pour Marco Dominguez, cette expérience guatémaltèque est aussi une expérience de vie, au sein d’un autre pays et d’une autre culture. Coincé entre le Mexique, le Belize, le Honduras et le Salvador, le Guatemala n’a pas une réputation des plus flatteuse. Le gouvernement du Canada, sur son site de recommandations aux voyageurs, estime qu’il faut « faire preuve d’une grande prudence, en raison du niveau élevé de criminalité violente, des barrages routiers et des manifestations qui se produisent partout au pays ». Pourtant, cette description ne ressemble pas à ce qu’observe quotidiennement Marco Dominguez à Antigua. « C’est une ville très touristique, très tranquille, avec beaucoup de bâtisses historiques », explique-t-il. Située à une trentaine de minutes de la capitale, Guatemala City, beaucoup moins sécuritaire, Antigua, 45 000 habitants, est même inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO. Elle dispose par ailleurs de plusieurs vestiges architecturaux de la conquête espagnole et est encerclée par plusieurs volcans, qui donnent un cachet particulier au paysage.

LES GALÈRES AVANT LA GLOIRE

Il est peu de dire que les tribulations guatémaltèques de Marco Dominguez sonnent pour lui comme une renaissance. Avant de rejoindre le Guatemala il y a un an, l’ancien international canadien des moins de 17 ans, a passé six mois sans club. Une période noire au cours de laquelle il a pensé « à arrêter le foot », d’autant que son agent l’a « laissé tomber . Pour subsister, il est engagé pour faire le ménage dans les garderies de Montréal de 17h à 23h. Ses ambitions sont mises à rude épreuve, mais, suivant les conseils de sa famille et de ses proches, il ne lâche pas. Livré à lui-même, Marco Dominuez s’entretient physiquement et prend la situation en main « en envoyant des CV à plein d’équipes ». Il finit par se souvenir d’un agent qui l’avait contacté avant son arrivée à Cincinnati. « Cet agent m’a demandé de lui laisser deux semaines, et il m’a directement trouvé Antigua. Si je suis là-bas, et si j’en suis là aujourd’hui, c’est grâce à lui », reconnaît-il.

Ce coup de pouce du destin qu’il est allé lui-même chercher n’est pas une première dans la carrière de Marco Dominguez. Dès sa jeunesse, alors qu’il est pensionnaire du Centre National de Haute Performance (CNHP) après avoir découvert le soccer dans le club des Braves d’Ahuntsic, l’adolescent qu’il est décroche son téléphone pour demander un essai à l’Académie de l’Impact. De l’autre côté du fil, Jason Di Tullio et Philippe Eullafroy se montrent ouverts à sa proposition. Au départ, l’adaptation est délicate car « le club avait sa mentalité de jeu ». « Il a fallu que je comprenne tout ça, et je n’étais pas du tout titulaire, mais à force de rentrer en jeu, de faire la différence, j’ai fini par gagner ma place », se souvient-il. Aux côtés de Jason Di Tullio, pour lequel il a « un respect total », Marco Dominguez affine son jeu et gagne en maturité d’un point de vue personnel. « Entre lui et moi, on a le mot « la grinta », de ne jamais abandonner, de toujours aller à fond », admet-il.

À l’issue de ses années de formation, Marco Dominguez intègre le FC Montréal et poursuit son apprentissage avec Philippe Eullafroy, auprès duquel il apprend là aussi beaucoup. Alors qu’il dispose de la confiance du coach,le joueur est régulièrement invité à s’entraîner avec l’équipe professionnelle, à l’instar de Ballou-Tabla, David Choinière ou Louis Beland-Goyette, avec l’espoir de signer pro. Pourtant, l’opportunité ne se présente jamais. L’amertume est encore palpable du côté du joueur, d’autant que le club décide de mettre fin à sa réserve quelques mois plus tard d’une façon abrupte. « C’est vraiment dommage, regrette Marco Dominguez. Je ne sais pas ce qu’il s’est passé et même si je respecte les décisions, je ne comprends pas. »

Les premières questions se posent alors. Doit-il prendre la route de l’Université comme certains le font ? Souhaite-il persévérer dans le soccer ? Continuer à s’entraîner sans avoir la certitude de décrocher un contrat ? Les possibilités sont multiples, mais la situation n’est pas idéale, d’autant que l’Impact de Montréal n’offre pas de suivi adéquat aux joueurs qui restent sur le carreau, selon lui. La possibilité d’intégrer le Fury d’Ottawa lui ai faite, mais Marco Dominguez décline la proposition, considérant qu’il n’aura rien de plus à gagner à rejoindre le club affilié à l’Impact. « Je sentais que je devais signer pro et beaucoup de monde au club me le disait. Je faisais le camp des pros, je m’entraînais, mais la proposition ne venait jamais. Il fallait que je coupe le cordon, que je trace ma propre route.»

C’est donc dans l’Ohio que Marco décide de poursuivre son chemin, alors que le club de Cincinnati dispute sa dernière saison en USL avant d’intégrer la MLS. Là encore, tout ne se passe pas comme prévu. Très peu titulaire, il ne dispose pas de la confiance de l’entraîneur Alan Koch et n’est pas conservé à la fin de la saison, comme beaucoup d’autres joueurs de l’effectif. Retour à la case départ et à Montréal, pour un tunnel de six mois à l’issue duquel il trouvera le soleil du Guatemala. Aujourd’hui, Marco Dominguez l’assure, il n’a rien oublié, mais demeure positif, d’autant qu’il a « retrouvé le plaisir de jouer ».

DE NOUVELLES AMBITIONS

Désormais bien installé dans le circuit professionnel, Marco Dominguez se montre ambitieux pour la suite de sa carrière. Il le reconnaît, cette expérience au Guatemala est avant tout pour lui un tremplin. Alors qu’il lui reste encore un an de contrat, il souhaite être performant en championnat, mais aussi (et surtout ?) en Ligue Concacaf, une compétition qui offre une exposition beaucoup plus importante et qui pourrait lui permettre d’être remarqué par un club d’un championnat plus huppé, tels le Mexique ou le Costa Rica. « Ce sont des championnats vus par plus de monde et beaucoup de joueurs qui évoluent dans ces championnats ont l’opportunité d’être repérés par des clubs européens ou sud-américains », note-t-il.

Canadien, mais aussi Guatémaltèque par son père et Dominicain par sa mère, Marco Dominguez envisage aussi la suite avec le maillot d’une sélection nationale sur les épaules. Il peut ainsi opter pour l’un des trois pays. Son choix n’est pas encore acté et il le sera en fonction des opportunités et des perspectives qui se présentent. Pourtant, encore une fois, tout n’est pas simple. Le joueur, qui a participé à la Coupe du monde et au championnat de la Concacaf U17 en 2013 avec le Canada, sait qu’il devra faire face à une rude concurrence s’il souhaite intégrer la sélection dirigée par John Herdman. D’un autre côté, la sélection dominicaine a montré de sérieuses limites et il est loin d’être sûr que la sélection parvienne à se qualifier pour les compétitions internationales. Enfin, des problèmes de corruption ont miné la fédération guatémaltèque, et la sélection nationale se relève à peine d’une suspension de 18 mois de toute compétition internationale. Le Guatemala est d’ailleurs la seule équipe de la zone Amérique et Caraïbe à ne pas avoir pris part à la Ligue des Nations. Passé de la 79eplace au classement FIFA en 2015 à la 143eaujourd’hui, le Guatemala est cependant revenu dans le circuit en mars dernier, avec une victoire pleine de panache contre le Costa Rica. Le défi peut donc être beau pour Marco Dominguez, et ne devrait pas être de nature à lui faire peur. Il en a vu d’autres.