Nick De Santis a connu toute l’histoire du club, comme joueur, entraîneur puis dirigeant. Les grands moments comme les plus difficiles. Il en est acteur et témoin. Gardien, aussi, toujours prêt à la faire vivre et à la partager.

– En fermant les yeux, est-ce qu’il y a un souvenir qui revient en premier, plus souvent?

 

– C’est le Championnat 2004, comme entraîneur… Mais il y en a tellement! La finale de Champions League, devant 60,000 personnes. On a perdu, mais les émotions vécues à cette période là, c’est incroyable. Les partisans, la ville, les autres clubs de la ligue, tout le monde était derrière nous.

 

 

– En 2004, le club revenait alors de loin

 

– Absolument. Le club, de 94 à 98, était l’une des meilleures équipes. On ne gagnait pas toujours le championnat, mais on était au sommet. Il y a quelque chose qui s’est bâti. Ensuite on a connu des difficultés, pendant deux-trois ans et à partir de 2001 on a commencé à rebâtir.

 

 

 

« Joey et la famille Saputo rachètent l’équipe et tout de suite on a le sentiment, en tant que joueur, qu’on s’en va vers un autre niveau. »

 

 

 

– Lorsque l’Impact se lance, il y a 25 ans, quelle est la perception, pour un joueur local?

 

– On a vécu ça comme une démarche de haut niveau. Avant, on était dans la Ligue Canadienne avec le Supra. Et puis, Joey et la famille Saputo rachètent l’équipe et, tout de suite, on a le sentiment qu’on s’en va vers un autre niveau. La ligue plus importante, les moyens, le camp d’entraînement en Italie, les joueurs étrangers…

 

 

– Et sur le terrain, c’est une découverte aussi?

 

– Oui… Tu peux avoir la meilleure équipe, mais lorsque tu commences quelque chose de nouveau, comme nous à ce moment-là, tu rencontres toujours des difficultés. Nous avions beaucoup de nouveaux joueurs, il a fallu découvrir la ligue… et découvrir notre propre équipe!

 

 

– Première année difficile, suivie du titre de Champion en 94

 

– On a beaucoup appris la première année. D’abord, le président a toujours donné à l’équipe les meilleures conditions pour réussir. L’entraîneur, Valerio Gazzola, qui débutait, était un jeune entraîneur d’ici qui s’est attaché à l’équipe et les joueurs ont tout de suite ressenti qu’il faisait tout pour nous et pas pour lui-même. Et on s’est engagés en retour!

 

 

– Ce titre vous donne une autre importance. Vous allez recruter ensuite les meilleurs de la Ligue…

 

– Paulinho, Dougherty, Steve Trittschuh… On a mis les moyens pour rester tout en haut. Cette année-là, on ne perd que cinq matches, on est au top. Ça ne garantit pas toujours des championnats, mais ça reste l’une des meilleures équipes de l’histoire de l’impact.

 

 

– Ça se répète sur trois ans.

 

– On est toujours les meilleurs de la Ligue, mais on échoue à chaque fois en demi-finale. On s’était mis beaucoup de pression après le titre. Ça nous a joué un tour dans les séries et les autres équipes avaient aussi compris comment nous jouer. Les titres n’ont pas suivi, mais il y avait de la continuité dans la performance. Rester toujours au top, c’est plus difficile que de gagner une fois dans les séries éliminatoires.

 

 

– C’est l’époque où la MLS arrive aux États-Unis. Valderrama, etc… Vous regardez, vous en parlez…

 

– Oui, bien sûr. À l’époque, le niveau n’était pas pareil. Il y avait quelques joueurs spéciaux, importants, mais la plupart des autres venaient de l’APSL. On sentait qu’on avait les possibilités de jouer en MLS. Mais à ce moment-là, moi et beaucoup d’autres disputions deux championnats, extérieurs et en salle dans la NPSL. On était capables de gagner notre vie assez bien en jouant toute l’année, mieux qu’en allant en MLS. À l’époque…

 

 

– La période de l’Impact en salle, ça semblait logique?

 

– Cette ligue-là, quand nous arrivons en 98, est une ligue majeure surtout aux États-Unis. Mais ça n’a vraiment jamais pris. Pour nous, c’était important car nous étions capables de jouer à l’année longue.

« On a tout fait pour que le club survive. Durant cette période, on a joué quasiment sans être payés »

 

– Ça correspond aussi à un changement de direction à l’Impact. La famille Saputo se retire…

 

– Ça a été compliqué! Les Saputo étaient là depuis longtemps. Avant même l’Impact, ils étaient déjà sponsors dans le soccer. Joey a voulu prendre un peu de recul. Ça a été important: ça l’a fait réfléchir et ça lui a fait comprendre qu’il devait trouver la bonne façon d’aller vers l’avant, dans la bonne direction.

 

 

– N’empêche, le club a failli disparaître…

 

– Je le dis avec tout le respect pour les gens qui se sont impliqués dans le soccer professionnel ici, mais nous, les joueurs, étions habitués à nous demander d’année en année si nous allions survivre ici. On a tout fait pour que le club survive. Durant cette période, on a joué quasiment sans être payés. On avait un noyau, un fort bassin de joueurs québécois prêts à faire tous les sacrifices pour que ça reste en vie.

 

 

– Les nouveaux propriétaires se retirent vite, la Ligue gère le club… et Joey Saputo revient avec un plan solide.

 

– Il a trouvé des partenaires, Hydro-Québec, le gouvernement provincial et ça a relancé les choses. En fait, ça consolide et ça relance le club.

 

 

– Bob Lilley arrive comme entraîneur.

 

Bob était connu pour savoir relancer des équipes. Il intégrait volontiers de jeunes, avec une différente mentalité. Quelques joueurs d’expérience sont restés. Moi, j’ai commencé à participer sur le banc, comme joueur-entraîneur adjoint de Bob. Il a inculqué une nouvelle mentalité. C’était la personne idéale pour diriger cette relance.

 

 

– Ce rapprochement avec Lilley, c’est une autre étape pour le club et pour Nick de Santis

 

– J’ai senti que Bob avait besoin de mon expérience du terrain, mais il commençait à me demander des choses, me dire qu’il n’avait pas besoin que je joue chaque match, mais que je prenne le temps de m’asseoir et voir comment je pouvais l’aider. Pour moi, c’était un peu difficile, mais j’ai compris ce qu’il faisait. J’ai commencé à me préparer pour l’après-carrière. Mauro a pris le brassard de capitaine et le relève sur le terrain.

 

– Et d’un coup, le passage se fait…

 

– J’ai travaillé avec Bob en 2001, 2002, 2003… Il devait revenir en 2004. À la fin de la saison, j’ai pris des vacances en Italie. Là-bas, je suis allé visiter Enzo Concina, un ancien joueur d’ici et un ami. Et là, Joey m’appelle pour me dire que Bob ne revenait pas et me demande d’être entraîneur à plein temps. Moi, je ne me sentais pas prêt à quitter le terrain. Ma chance, c’est d’avoir été avec Enzo ce jour-là. Je lui explique la situation et mes doutes. Là, il me dit: combien de temps te reste-t-il comme joueur? Là, ton président te donne cette chance, te fais confiance. C’est un moment dans ta carrière! Réfléchis… et prends l’occasion.

 

– Et c’est une autre décision marquante pour le club.

 

– Ça correspond à une nouvelle période. Je suis allé chercher un nouvel assistant, Peter Pinizzotto, entraîneur-chef à Toronto avec qui je m’entendais bien. Je connaissais les joueurs, il y avait un noyau solide, avec Mauro, Eddie Sebrango, Gab Gervais ou Nevio Pizzolitto. Et on a ajouté quatre joueurs essentiels: Maurizio Vincello, Sandro Grande, Freddy Commodore et Joel Bailey. Ils ont complété un groupe déjà très, très fort.

 

 

– Cette équipe reste aussi dans les mémoires: un entraîneur et des joueurs d’ici.

 

– Oui, avec Pat Leduc, Jason Di Tullio. C’était incroyable! On a tout de suite eu une mentalité de ne rien lâcher. Cette équipe a marqué l’histoire du club comme celle de 94-98. On gagne le championnat en 2004 et on reste la meilleure équipe pendant quatre ans. Et de nouveau, on est la meilleure équipe et on n’arrive pas à re-gagner un championnat.

 

 

– On parle aujourd’hui de la grande rivalité avec Toronto, mais à l’époque, il y en a une terrible…

 

– …Avec Rochester! Les Rhinos! Wow… C’est ça que tu veux vivre, pour les joueurs, les supporters. C’était… sale! Beaucoup de déclarations avant les matches, des insultes, des coups. Mais le niveau était de très haut niveau, les deux meilleures équipes de la Ligue.

 

 

– C’est aussi le moment où la MLS devient une belle possibilité. C’est l’arrivée de Beckham…

 

– On avait commencé à parler de ça vers 2004, 2005. On avait vu que Rochester avait eu une chance d’aller en MLS. Ils avaient un énorme support local, des partisans, des médias et une fenêtre pour le faire. Il ne l’ont pas prise tout de suite et le club a commencé à chuter. Nous, on a vu ça, on s’est dit, avec douze-treize mille personnes au stade, un excellent suivi dans les médias, il faudra prendre l’opportunité.

– Et les discussions s’engagent?

 

– Pas tout de suite. À l’époque, notre Ligue se transforme, devient la NASL et Joey, avec d’autres présidents, souhaite l’amener à un plus haut niveau, capable de rivaliser avec la MLS. Mais la MLS gagne aussi en popularité, oui, c’est l’époque de Beckham. Et là, on a commencé à se dire que le moment était venu de faire le saut.

 

 

– Le club vit une grosse transition en même temps.

 

– C’est l’époque où j’ai démissionné. Les joueurs en avaient peut-être assez de Nick, je leur avais beaucoup demandé, poussés au max. J’ai appelé Joey, je lui ai donné ma démission. Il ne voulait pas, je l’ai convaincu et je suis passé Directeur Général. John (Limniatis) est arrivé avec l’équipe et le changement a eu lieu.

 

 

– Cette volonté se concrétise par des gestes. Le stade, par exemple…

 

– Oui, Joey a toujours voulu nous mettre dans les meilleures conditions. Le stade, ce n’est pas seulement pour la MLS. Le stade Claude-Robillard n’était plus assez grand, ce n’était pas notre maison. Et Joey a décidé de bâtir un vrai stade. À nous.

 

 

– Parce que le public est là.

 

– On se souvient qu’au début, il y avait mille, deux mille personnes pour nos matches. Là, nous étions passés à plus de douze mille à chaque match. Ça nous a poussés à prendre des décisions: le stade, l’approche vers la MLS. Une chose importante: c’est le moment où on a commencé à payer les joueurs à l’année longue. On voulait que les joueurs se sentent bien, comme des pros. Les autres clubs ne faisaient pas ça.

 

 

– Le symbole de cette évolution, c’est le premier parcours en Champions League.

 

– Dans l’expérience et la croissance du club, c’est un moment extraordinaire. On vit de nouvelles émotions, on joue des équipes d’autres pays, d’autres environnements, une autre culture du football. Tu vas là-bas,  tu découvres une autre réalité, l’ambiance, les terrains, les supporters. C’est compliqué, mais on a appris, progressé, tous ensemble. Et on va gagner, au Honduras (Olimpia), dans un environnement vraiment hostile, contre une bonne équipe, devant 30,000 personnes.

 

 

– Qui vous amène en quart de finale contre Santos Laguna.

 

– On fait un excellent match ici. On va là-bas, on se met dans une très bonne position, on mène 2-1 à la mi-temps… Et là, ça devient difficile. L’environnement, la qualité de l’autre équipe… On perd, on est éliminés, mais on se rend compte que nous n’avions pas vécu assez de situations comme celle-là pour être prêts à combattre les quatre dernières minutes. On n’a pas l’expérience suffisante. C’est plus une question de savoir-faire que de qualité.

 

 

– À partir de là, même avec le titre de 2009, on sent que le club amorce déjà le virage de la MLS…

 

– D’un côté, on pouvait rester les meilleurs dans notre Ligue. De l’autre, c’était franchir le nouveau pas. Alors, les années qui ont suivi ont été marquées par cette volonté d’aller plus haut. À l’époque, Marc Dos Santos était l’entraîneur, on se demandait s’il allait être avec nous en MLS. Est-ce qu’il se sentait prêt? Il a fallu changer l’effectif. On a connu deux années difficiles sur le terrain. Parce que, derrière, on préparait la transition.

 

 

La transition…

 

– Ça a été compliqué! J’ai dû redevenir entraîneur pendant une demi-saison, tout en suivant les dossiers de l’équipe pour la MLS. J’ai eu la chance d’avoir Matt Jordan à mes côtés. Je lui avais demandé d’envisager de prendre sa retraite et de venir à la direction. Je lui ai expliqué, comme Enzo Concina l’avait fait avec moi, qu’il avait un rôle important dans la transition vers la MLS. Il a pris la décision et j’en suis fier, il est vice-président de Houston aujourd’hui… Fier aussi d’avoir donné sa chance à Marc Dos Santos.

 

 

– Pour préparer l’arrivée en MLS, le premier choix que vous faites est un entraîneur, qui rejoint le club plusieurs mois avant.

 

– Jesse Marsch est arrivé au mois d’août. Il n’a pas pris l’équipe, mais a travaillé derrière, regardant les joueurs susceptibles de faire le saut et en même temps commencer à rechercher les joueurs dont nous aurions besoin.

 

 

Il est novice à ce poste. C’est tout de même un choix risqué pour un club qui débute?

 

– Oui, mais son profil nous plaisait. Comme joueur, toujours capitaine, toujours impliqué. Il a longtemps travaillé et appris avec Bob Bradley. Jesse, c’est un gars très intelligent, qui avait une vision pour l’équipe. Beaucoup de confiance en lui, c’était un de ses points forts. L’objectif était d’être compétitifs tout de suite. Je pense qu’il a été capable d’être compétitif.

 

« Avec Jesse Marsch, je crois que ça a été une question de philosophies différentes »

– Mais il ne reste qu’une saison…

 

– En y repensant, je pense, peut-être que notre erreur… En fait, nous n’étions pas un nouveau club à notre entrée en MLS. C’était un club avec une histoire. Et là, quand on a vu qu’on était compétitifs, on a voulu plus. Ça a compliqué un peu les choses. Et avec Jesse, je crois que ça a été une question de philosophies différentes.

 

 

– Le premier match en MLS…

 

– … (rires)… Je ne me souviens plus! À Vancouver? Wow… Il y a tellement de choses qui se sont passées à ce moment-là… Je me souviens du premier à domicile, Chicago. 60,000 personnes!

 

 

– Et le club commence à prendre des décisions qui vont faire parler. Les arrivées de joueurs de très haut niveau, Nesta, Di Vaio…

 

– J’avais indiqué à Joey qu’il fallait aller chercher un attaquant de haut niveau. Marco, c’était mon premier choix: trois ans à plus de trente matches à Bologne, une équipe toujours sous pression pour se maintenir en Serie A, avec une moyenne de douze-quinze buts par saison. Un leader, un capitaine. On a fait les démarches pour voir s’il était intéressé. On s’est rendus à Bologne, Joey et moi, on a rencontré Marco dans un hôtel. Il s’assoit, nous regarde curieusement, il se demandait ce qu’on lui voulait… On lui explique le projet. Il ne connaît pas vraiment la MLS. Il a écouté, on lui a vendu le club, notre histoire. Et ça a commencé comme ça. On est restés en contacts lui et moi et il a commencé à y penser. Il me posait beaucoup de questions… De mon côté, avec vingt ans au club, j’ai pu lui expliquer, le club, la ville. Et il a accepté!

 

 

– Il arrive en juillet, après la saison et durant la fenêtre de transferts.

 

– Oui, ça n’a pas été tout facile au début. Ses forces, c’était ses appels, son timing, sa recherche d’espaces. Et là, le ballon ne lui arrivait pas. On lui a dit que ça prenait un peu de temps, on l’a prévenu qu’il fallait une certaine mentalité, comprendre que ce n’est pas la Serie A, que des gars qui jouent ici ne gagnent pas tous beaucoup d’argent. Il a fait cet effort. Et en 2013, vingt buts! Et après, on a pu faire venir Nesta, le niveau mondial… Ces joueurs nous ont appris beaucoup. On a grandi à travers leur expérience, leur savoir-faire. Et ils sont restés très humbles, très professionnels.

 

 

– On sent qu’avec eux, l’équipe gagne alors en maturité.

 

– Le meilleur exemple, c’est Andres Romero. Marco l’a pris sous son aile. Andres, c’est un joueur pro, très bon, mais qui pouvait s’améliorer, par exemple au niveau discipline. Il a compris qu’il y avait beaucoup plus de choses que seulement sur le terrain… Beaucoup de nos joueurs ont grandi professionnellement grâce à eux.

 

 

 

– Il y a ensuite une année difficile. On se fait vite rattraper en MLS, on ne peut pas s’endormir sur une bonne saison.

 

– Non! C’est la réalité de la MLS. Le plus bel exemple aujourd’hui, c’est Toronto qui gagne le Championnat l’an passé et qui a de la misère cette saison. Alors, je regarde ce qu’on a fait: on gagne des championnats canadiens, on va en finale de la Champions League, on fait des quarts et demi-finales de MLS, on est à dix petites minutes d’une grande finale. Maintenant, l’important c’est de trouver la continuité.

 

 

« Se dire que Didier Drogba est venu à Montréal, c’est une énorme fierté. »

 

 

– Un autre moment fort de cette histoire, c’est Drogba…

 

– Un autre moment historique! Pour le club, pour les partisans, pour la ville, pour la province, pour la MLS. Se dire que Didier Drogba est venu à Montréal, c’est une énorme fierté. Avoir été capable de le convaincre…

 

 

– Comment? C’est quelque chose entre vous deux?

 

– Oui, un peu. Il y avait Chicago qui le voulait. J’ai demandé si je pouvais lui parler. Je lui ai vendu la ville, le club, nos ambitions. Ça l’a convaincu. Ensuite…. Le moment où il est arrivé à l’aéroport, c’était… un coup de tonnerre! Tout a pris une amplitude tellement importante. Les matches à domicile, la sécurité, l’ambiance, le stade, les partisans, ça donnait des frissons à chaque match. Et Didier sur le terrain, il intimidait, il était respecté. C’était un autre monde!

 

 

– Et le club prend une envergure internationale.

 

– Oui, on parle de Montréal! Des grands clubs viennent s’entraîner ici, se renseignent. On a pris une direction radicale dans notre histoire avec Didier.

 

 

– Parlant de grandir, quelqu’un qui a grandi avec Drogba, c’est Mauro Biello. C’est l’époque où il passe d’assistant à entraîneur à part entière.

 

– Il a fait un excellent travail. Il a réussi à tellement bien gérer l’équipe et tout l’environnement avec Didier. Il a dû prendre des décisions difficiles. Il a réussi à communiquer avec Didier de façon à ce que ça aide chacun, à ce que ça aide l’équipe et on a vécu deux années extraordinaires. D’abord le passage en séries après avoir éliminé Toronto. Et après, la demi-finale, où on est à si peu de passer…

C’est considéré comme un match historique en MLS.

 

– C’est décevant, avec l’élimination. Mais nos partisans, ce qu’ils ont vécu, ce que la ville a vécu : une des plus fortes rivalités, un des matches avec le plus d’émotion, d’intensité. C’est un moment inoubliable!

 

 

– Vous en parlez encore?

 

– Oui, ces matches-là, ça ou la finale de Champions League, ça reste magique.

 

 

« Avec toutes les ressources que nous avons maintenant, avec les contacts, je suis dans une position où je peux aider le club à grandir, évoluer »

 

 

– Le club a pris une nouvelle direction en 2018, revenant vers un staff européen. C’est un changement de politique?

 

– Joey voulait essayer d’aller chercher des entraîneurs de haut niveau ayant connu des expériences différentes. Rémi, on l’avait rencontré en 2011 ou 2012, à Lyon avec le président Aulas. La relation est restée et quand Joey a pensé aller dans une autre direction, on a rencontré plusieurs candidats et la décision s’est faite sur Rémi, qui parle en plus la langue, c’est important.

 

 

– Et Nick de Santis, lui, a pris d’autres responsabilités.

 

– Je suis VP, Directeur des relations internationales… Mais disons que je suis le plus grand vendeur du club! Je le connais comme mes enfants, je peux en parler sous n’importe quel angle, technique, équipe, personnel, émotionnel, tout… Maintenant, avec toutes les ressources que nous avons maintenant, avec les contacts, je suis dans une position où je peux aider le club à grandir, évoluer, même si je ne suis pas dans une position décisionnelle.

 

 

– En reprenant l’histoire, il y a finalement une constante, tout le temps depuis le début, c’est le tandem Nick de Santis – Joey Saputo. Comment définir cette relation?

 

– C’est une relation essentielle. À travers des moments très forts, des très bons et des plus difficiles. C’est comme dans un mariage. Il faut loyauté et confiance. Les moments difficiles, on peut passer à travers avec la confiance. Joey m’a offert l’opportunité de vivre toute ma carrière, mon sport, ma passion, à travers le club avec lequel j’ai grandi. Peu de gens ont la chance de vivre ma situation, d’avoir été capable dans ma ville natale de jouer toute ma carrière, d’être entraîneur, d’être dirigeant dans un club qui grandit à l’échelle de l’Amérique du Nord. Penser que ça fait 25 ans… Des fois j’essaie de penser à ce que serait ma vie sans l’Impact. Pense à ta vie sans ta famille! C’est tellement personnel! Chaque jour, chaque pensée, c’est Impact de Montréal.

 

 

– Vous êtes impliqués tous les deux à un niveau d’émotion bien au-delà de la direction d’un club.

 

– Il faut comprendre qui est Joey, comment il a bâti le club. Aujourd’hui, regarde la ligue: Atlanta, ils arrivent avec tout, le stade, les structures. Nous, on n’avait rien! Mille personnes aux matches. Cinq personnes dans les bureaux. Avec ce cheminement, c’est normal que tu prennes tout à cœur. C’est pour ça que, des fois, les gens ont du mal à comprendre notre histoire, comment le club compte et nous touche tous les deux.

 

 

– Mais il y a parfois des différences d’opinions.

 

– Je suis dans une position où je peux dire: Joey, j’accepte de prendre toute la responsabilité, mais il faut aller dans telle ou telle direction. Joey, il a besoin de ça aussi. S’il a du monde autour qui lui dit toujours oui… Moi, je dois être là… C’est lui le président, c’est au final sa décision, mais je dois être là, quand je pense différemment, pour pouvoir le dire. Mais je prends mes responsabilités.

 

 

– C’est une autre fonction? Gardien de cette histoire?

 

– (rires)… Un peu. Oui, forcément. Je viens de raconter une histoire que beaucoup de gens, aujourd’hui, ne connaissent pas ou plus très bien. C’est une autre génération. Et ça peut parfois faire mal, quand j’ai l’impression que cette histoire, on l’oublie. On n’a pas encore l’histoire du Canadien, on est d’accord. Mais celle-ci, la nôtre, il faut la garder!